Le football est aujourd’hui un sport mondialement connu, pratiqué par des centaines de millions de personnes. Il attire aussi bien des spectateurs passionnés que des joueurs amateurs et professionnels. Cependant, dans le monde musulman, certaines questions surgissent concernant la conformité de cette activité avec les principes islamiques. Des avis divergents circulent : pour certains savants, le football est halal (licite), tandis que pour d’autres, sous certaines conditions, il peut devenir haram (illicite). Il est donc important d’examiner le sujet de manière raisonnée en se basant sur les sources religieuses fiables et les objectifs de la charia (maqasid ash-shari’a).
L’Islam, en tant que système de vie complet, ne rejette pas les loisirs. Au contraire, plusieurs hadiths rapportent que le Prophète Muhammad (ﷺ) encourageait certaines formes de divertissements, tant qu’ils ne contredisaient pas les principes religieux.
L’un des principes majeurs en islam est la modération. Allah dit dans le Coran :
« Et ainsi Nous avons fait de vous une communauté de juste milieu… » (Sourate Al-Baqara, verset 143)
Ce principe peut s’appliquer aux sports : lorsqu’ils sont pratiqués dans un cadre équilibré, sans négliger les obligations religieuses, ils restent licites. Le football, en tant qu’activité physique, peut donc être autorisé, à condition qu’il n’engendre pas des comportements illicites.
L’imam Al-Ghazali, ainsi que d’autres savants classiques, affirmaient que les activités physiques sont saines si elles fortifient le corps en vue d’une meilleure adoration d’Allah. Ainsi, les sports sont encouragés quand ils permettent :
Mais ces mêmes activités deviennent répréhensibles voire interdites lorsqu’elles entraînent une négligence des devoirs religieux ou une imitation des pratiques contraires à l’éthique islamique.
Le football n’est pas intrinsèquement haram. En revanche, comme de nombreuses activités, il peut le devenir dans certaines conditions précises. Plusieurs savants ont exposé ces limites à travers une lecture contextualisée de la charia.
L’un des principaux dangers évoqués est celui de la négligence spirituelle. Beaucoup de musulmans passionnés de football admettent parfois manquer la prière pour suivre un match. Or, la prière est un pilier central de l’islam :
« La prière empêche de commettre des turpitudes et des actes blâmables » (Sourate Al-Ankabût, verset 45)
Si le football mène à retarder ou abandonner une prière à l’heure, alors dans ce cas précis, sa pratique ou son visionnage devient haram.
Une autre critique concerne l’adoption de coutumes étrangères et parfois non conformes aux valeurs islamiques. Certains joueurs, poussés par le marketing ou la mondialisation, participent à des événements où la nudité (shorts très courts), les gestes ostentatoires (célébrations provocantes) ou l’exhibition du corps sont courants. Le Prophète (ﷺ) a dit :
« Celui qui imite un peuple en fait partie. » (Abou Daoud, hadith sahih)
Dans le cadre professionnel, les footballeurs peuvent aussi se retrouver mêlés à des campagnes publicitaires encouragent la consommation d’alcool, les jeux de hasard ou d’autres produits haram. Ces éléments, pris isolément ou cumulativement, peuvent justifier que certains savants déclarent certaines pratiques footballistiques comme illicites.
Un autre danger est l’amplification émotionnelle autour du football. L’amour démesuré pour un club ou un joueur peut aller jusqu’à l’idolâtrie, voire une forme de culte médiatisé. Certains supporters consacrent plusieurs heures par jour à suivre les actualités, débattre, acheter des produits dérivés, au détriment de leur spiritualité et de leurs responsabilités quotidiennes.
Il est aussi important de mentionner la perte de temps, considérée en islam comme un acte répréhensible. Allah dit :
« Par le Temps ! L’homme est en perdition, sauf ceux qui croient, accomplissent les bonnes œuvres… » (Sourate Al-Asr)
La question du football a fait l’objet de plusieurs fatwas de la part d’organismes et de savants réputés. Ces avis reflètent la diversité des approches existantes dans le monde islamique contemporain.
Des érudits comme Cheikh Al-Uthaymin ou Cheikh Al-Fawzan ont déclaré que le football est permis à condition :
Dans ce cadre-là, ils considèrent le football comme une activité physique bénéfique, au même titre que d’autres sports licites abordés dans les textes islamiques (équitation, natation, tir à l’arc).
D’autres voix, souvent issues de courants plus conservateurs, pointent du doigt non pas le sport en lui-même mais le système industriel et moral qui l’encadre. Pour ces savants, le football professionnel est devenu un outil de distraction de masse, qui détourne les musulmans de leur mission spirituelle.
Certains vont jusqu’à dire qu’il s’agit d’un outil de soft power occidental visant à imposer des normes culturelles étrangères aux sociétés musulmanes. À leurs yeux, assister à un match dans un stade ou à la télévision revient à cautionner indirectement des pratiques contraires à l’éthique islamique.
Face à la diversité des avis et des contextes, il est important de rappeler que l’islam est une religion d’équilibre et de conscience individuelle. Il est donc possible pour un musulman de jouer au football ou de regarder un match tant que cela respecte certaines conditions.
Un musulman peut pratiquer ou suivre le football de manière licite si :
Le football peut être un moment familial, un outil éducatif ou un moyen sain de se détendre. Il convient cependant de ne pas lui donner une place centrale dans sa vie. L’éthique islamique impose que tout divertissement soit subordonné aux devoirs religieux et familiaux.
Pour les musulmans vivant en Occident ou soucieux de leur foi, plusieurs initiatives proposent des ligues sportives islamiques, garantissant un cadre respectueux de l’islam. Ces projets sont une preuve que le sport, loin d’être haram par essence, peut être intégré dans une vie religieuse équilibrée et saine.